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Lucas Ruiz dans son atelier

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Lucas Ruiz, tout jeune trentenaire, est sculpteur, dessinateur et peintre. Il vit et travaille à Saint-Mandé, non loin du Bois de Vincennes où il aime faire de longues marches. La nature, sa contemplation et son infini renouvellement sont au cœur de son travail, nous raconte-t-il lors d’une rencontre dans son petit appartement-atelier.

 

Comment travailles-tu ?

LR : Le matin je prends un carnet de dessin, j’écris, je réfléchis, je médite, je laisse les idées surgir et se mêler. Puis je prépare ma terre, je la tabasse. J’adore la matière de l’argile. J’assemble les morceaux selon mon dessin. Mais cela reste assez spontané. Je ne m’accroche pas trop au dessin.

J’écris tous les jours. Sur ma vie, ça me permet de prendre du recul sur mes 30 premières années. C’est aussi l’envie de maîtriser l’écriture. Quand j’écris ce qui m’intéresse c’est le rythme, l’énergie, comme chez Bukowski que j’aime pour ça. Tout le monde devrait tenir un journal, c’est quasiment vital. C’est parfois laborieux mais ça permet d’aller mieux. J’étais dyslexique et pas bon à l’école, j’ai commencé à écrire pour m’améliorer. C’est un peu comme un sport, on peut faire des progrès comme on peut perdre assez vite. Il y a des moments difficiles dans la vie qu’il est important de coucher sur la page.

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Qu’est-ce qui nourrit ta pratique ?

LR : J’essaye de faire une synthèse du monde. Il y a toujours des éléments architecturaux et organiques dans mon travail, la fusion du monde naturel et humain. C’est ce qui m’inspire et habite mon œuvre : la place de l’homme dans la nature. Est-ce que l’homme est à part ? Est-ce qu’il est divin ? Je travaille souvent sur les ruines, les destructions opérées par l’homme. Les guerres, les usines… J’ai envie d’en témoigner. Ce qui me fascine c’est la vie. Ma dernière exposition s’intitulait « Sur l’idée qu’il faut vivre ». La vie réapparait toujours, c’est fascinant.

 

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Quel est ton rapport à la nature ?  

LR : J’ai toujours aimé la nature. Mes grands-parents ont une ferme en Charente. Quand j’étais petit, j’allais dans les bois, je collectionnais les coléoptères, je connaissais les noms des oiseaux, etc. Je chéris cette force immense dégagée par la nature, l’idée de fluide et de cycle. Il y a souvent des petites graines dans mes œuvres, des petites formes de la nature dont on sait qu’elles vont croitre. C’est une approche assez baroque, la vie se poursuit sans discontinuer. Je ne suis pas post-moderne, il y a un message d’espoir dans mon travail, quelque chose va toujours de l’avant. Je suis assez optimiste, d’une certaine façon.

 

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Je sais que tu adores lire. Quels sont tes livres fétiches ?  

LR : Malone Meurt de Samuel Becket et La Faim de Knut Hamsun. Ces deux romans racontent l’histoire d’un homme errant dans le monde. C’est la solitude du passionné, celui qui ne s’arrête jamais. L’imitation de Jacques Chessex m’a beaucoup marqué pour le style, de même que Le Postier de Bukowski. Chez ce dernier il y a un côté jeté, spontané, sans filtre. Les aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgar Allan Poe est aussi un roman important pour moi, je l’ai illustré pour mon diplôme de l’école Estienne. C’est l’histoire d’un aventurier qui découvre une nature qu’il ne connaissait pas. Un roman d’aventure qui représente bien cette inspiration infinie qu’est la découverte de la nature.

 

Est-ce que tu as des héros ? Des figures particulièrement inspirantes ?

LR : Quand j’étais enfant j’aimais infiniment des peintres. Rembrandt, Millet, Picasso, Bacon, etc. C’étaient mes héros. J’ai adoré lire des livres sur eux dès mes 8 ans. J’étais fasciné.

 

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Quels sont les artistes qui te plaisent aujourd’hui ?

LR :  Yohan Creten. Il fait, comme moi, des sculptures en terre vernissée. Il y a un aspect exubérant, foisonnant de vie, très organique, qui me parle de façon évidente. J’aime beaucoup aussi Elmar Trenkwalder, un sculpteur qui fait des cathédrales émaillées. C’est assez mystique pour moi, ça me fait penser à des temples cambodgiens dans la forêt. Atemporels et fantastiques. Ces temples sont comme sortis de nulle part, dans une autre temporalité.

 

Tu es croyant ?

LR : Non, mais je ne suis pas hostile aux croyances des autres. Aimer la nature comme je l’aime c’est un peu mystique. Il y a un mystère qui nous dépasse dans la nature.

 

Quels sont les objets que tu aimes ?

LR : J’ai eu une période où je collectionnais des choses anciennes, de vieilles pièces, des pierres, des flasques et fioles, des boussoles… mais ça prend beaucoup de place, c’est un luxe. Je n’ai pas la place d’être matérialiste. J’ai un petit tabouret qui servait à mon arrière grand-père pour traire les vaches, il est très beau par son usure. Mon objet préféré est la terre, je n’aime rien tant que le contact avec la terre. Je retrouve cela avec l’argile. Petit à l’école j’avais une gomme mie et je faisais des sculptures avec.

 

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Tes envies, rêves ?

LR : Avoir plus de place pour faire des sculptures plus grandes. Mon rêve est accessible !

 

Quelle exposition recommanderais-tu en ce moment ?

LR : Cy Twombly au centre Pompidou. Il s’intéresse à tout ce qu’il y a autour de l’humanité, comme les murs tombés en ruine, les outils, etc. On a un peu les mêmes obsessions. Mais je suis surtout inspiré par les expositions d’artisanat d’art et de design. Dans cette veine il y a eu l’exposition sur le Bauhaus, mouvement génial de créativité dans tous les domaines de la vie. 

 

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Lucas Ruiz devant la Galerie du Haut Pavé, où il eu une exposition personnelle en 2016.