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Artistes / Expositions / Collectionneurs

Laila Kleveman en son intérieur / rencontre de collectionneur

Nous reprenons ici notre série de rencontres avec des « collectionneurs ».  Non pas les gros calibres du marché de l’art, plutôt des amoureux de l’art et des objets qui racontent des histoires. Il y aura du dessin, de la céramique, des objets étranges, des plantes plus ou moins bien entretenues, des dessins d’enfants, des photographies, des tissus orientaux… Mille choses où se rêvent des désirs et s’énoncent – qui sait – quelques vérités du monde.

 

Laila Kleveman est allemande et vit à Budapest dans un appartement de quatre mètres de haut, vestige d’une époque qui voyait une certaine gloire à construire des immeubles massifs comme des palais. On y respire à gorge déployée, les yeux bien hauts, et ça lui plait.

 

 

Journaliste spécialisée dans l’art contemporain, mais aussi musicienne, professeure de yoga, poétesse (allez voir son compte Instagram valentina_rossi_steiner)… L’inspiration ne manque pas à Laila. Elle pose ici, avec sa guitare et les chardons peints pas son père, le peintre Dirk Niklaus – deux objets qui lui sont chers.

 

 

Sur le frigo de Laila, non pas de vieille cartes postales ou listes de courses mais quelques magnets qui tiennent une esquisse de femme entourée de couleurs puissantes rapidement brossées. Au Mexique, en janvier dernier, Laila et son mari Lutz ont séjourné dans un ancien monastère reconvertit en hôtel. Un jour, elle errait entre les colonnes des coursives quand (hallucination ou réalité ?) elle a senti une odeur de peinture. Alléchant. Le fil de l’odeur la fit remonter jusqu’à l’atelier de Jeff Coffin, artiste américain installé au Mexique. Lors de discussions interminables sur l’art et la vie, Laila l’aide à choisir des œuvres pour une exposition personnelle à venir. Il lui offre en retour ce dessin.

 

 

Ces lapins sont un cadeau de l’artiste de Sophie Holstein après plusieurs articles publiés sur elle par Laila, notamment dans le journal allemand WELT. Elle y voit une représentation de Lutz (son mari), et elle. « Il y a dans le travail de Sophie Holstein, un côté enfantin, avec des symboles inventés seulement par elle, et une certaine inquiétude toujours présente. Même dans ces lapins qui peuvent aussi représenter la mort ».

 

 

A Oaxaca au Mexique, Laila a aussi rencontré l’artiste argentine Nita Hidalgo et lui a acheté cette encre et acrylique. Si vivante et gaie. On retrouve dans cette explosion de végétal et les couleurs pop un style proche du travail de street art de l’artiste.

 

 

Près de la table de travail et un mur pourtant trop grand pour elle, une œuvre remplit l’espace d’une puissante aura : une peinture d’Hélène Rajcak. C’est un jeu subtile de gouaches superposées, une nouvelle représentation de la joie mais plus douce et mystique. Laila y voit un homme assis dans le désert, et des formes abstraites avec une symbolique spirituelle (pratique pour le yoga qu’elle fait pas très loin).

 

 

Quel « goût » à Laila ? Chez elle, au quotidien (ce qui est différent de ce sur quoi elle écrit en art contemporain), Laila aime les couleurs et les formes organiques, souvent liées aux éléments de la nature. Une si grande poésie du vivant s’exprime dans cette toile d’Anja Wronna. Le vide, comme une respiration, fait la force de l’œuvre, me dit Laila, de même que cet amour de la vie, de la terre, qu’elle exprime.

 

 

Ce mandala pétaradant a été peint par la tante de Laila, Anandhi Niklaus (prénom emprunté, on l’aura compris). Elle était peintre sur porcelaine, et a travaillé comme designer chez Rosenthal, une marque bien connue de porcelaine fine. Non formée et rentrée dans l’entreprise grâce à son culot et son grand talent, Anandhi a payé le prix fort de la femme d’Allemagne de l’est. Elle était très mal payée et mal considérée alors qu’elle fournissait des modèles au succès commercial important.  « Ça l’a cassée et elle a démissionné ». Maintenant elle fait des mandalas. Un modèle de femme libre pour Laila.

 

 

Ces plaids font vriller d’envie les visiteurs de l’appartement (moi la première). On a envie de s’en enrouler, d’y passer des soirées rêveuses. Ils sont extraordinairement précieux car entièrement filés, teints et tissés à la main par Vera Niklaus, la mère de Laila – des heures et des heures de travail de quenouille, de métier à tisser, de teintures végétales… Une certaine idée de la beauté.

 

 

Pauline Daniez