Filtres
Artistes / Expositions / Collectionneurs

Souvenirs de la FIAC, OFFiciel, YIA…

Vous avez entendu parler d’art contemporain fin octobre, que vous le vouliez ou non.

 

Pour ceux qui vivent loin de ce monde, la FIAC s’est probablement résumée à une histoire pathétique de sapin de Noël à la forme ambiguë, et aux chiffres mirobolants de quelques ventes stratosphériques. L’affaire du sapin de Paul McCarthy semble tristement résumer les incompréhensions qui gouvernent les relations entre « l’art contemporain » et le grand public (deux notions bien floues…). Provocations mal placées du côté de l’artiste comme des adversaires, dialogue de sourds, polémique absurde détournée, et voilà une image encore plus racornie pour ce monde de l’art contemporain, qu’on enverrait presque à l’échafaud comme la statue de Louis XVI sur l’ancienne place Royale.

 

Mais l’affaire du sapin donne une fausse idée de la FIAC, qui est plus dans le ronronnement que dans l’attaque de griffes. C’est un événement marchand, ne l’oublions pas.

 

Qu’entendait-on sous la verrière du Grand Palais ? « Une belle année », des stands bien composés avec des jeux de perspective soignés, des espaces aérés, quelques belles pièces, des vieux artistes (énormément de dessins et de tableaux de Jean Dubuffet, preuve que l’art brut est en vogue), des jeunes, etc. Beaucoup de « beau », finalement, et moins de trashouille mazouté que les dernières années.

 

FIAC

Constructions de Tadashi Kawamata sur le stand de Kamel Mennour et voûte étoilée pour la FIAC

 

Mon coup de cœur va à Julien Prévieux qui a gagné le prix Marcel Duchamp grâce à la vidéo « What shall we do next ? ». Dans la performance filmée, des acteurs refont des gestes brevetés par de grandes sociétés, notamment dans le domaine des nouvelles technologies (vous savez, quand vous écartez vos doigts sur votre écran de smartphone pour zoomer ? Ce geste a été déposé en 2006 par Apple !). Dans cette « archive des gestes à venir », il nous pose la question de cette évolution du mouvement humain, orienté par une industrie surpuissante. Mais, effectués dans le vide, disjoints des objets, parfois maladroits, ces gestes acquièrent une beauté chorégraphique qui laisse à penser autrement cette emprise. Où est la liberté, si ce n’est dans « l’erreur » dans les gestes, ou plutôt leur appropriation libre ?

 

julienprevieux

What Shall We Do Next ? Julien Prévieux

 

MAIS la FIAC c’est aussi un « hors les murs », avec foule d’expositions éphémères organisées par des galeries, ou autres institutions culturelles.

 

J’y ai vu :

 

– Les grosses graines du sculpteur Guillaume Castel, comme tout naturellement posées entre les colonnades classiques de la cour de l’Hôtel de Soubise (Les Archives Nationales). Je ne dis pas cela parce que la galeriste est une amie au talent fou (Galerie Ariane C-Y), mais parce que les volumes des graines cabossées, la matière sensuelle du béton granuleux, le contraste entre un vert tendre éclatant comme un soleil et le rouge mat du métal oxydé, entre la légèreté et la masse, tout cela, au milieu des buis taillés et des massifs de plantes saisonnières en fin de vie, est plein de poésie. Et c’est encore visible jusqu’au 20 novembre. Quelle chance : courrez-y!

 

Guillaume castel

Sculptures de Guillaume Castel aux Archives Nationales

 

 

– Le nuage navette spaciale de la nouvelle Fondation Vuitton. L’ampleur architecturale de cette grosse coquille – assez vide pour l’instant, est impressionnante. Il n’y a pas encore grand chose à voir à l’intérieur, même si la salle Gerhard Richter est magnifique, présentant un panel d’oeuvres des différentes périodes. On se dit que les réceptions Vuitton y seront sans doute belles. Et on y espère des expositions nombreuses.

 

vuitton

 

– De jeunes galeries qui tirent leur épingle du jeu à OFFiciel. Par exemple, la Galerie de Roussan exposait quelques oeuvres de Juliette Mogenet, des photos d’architectures quasi abstraites découpées, incisées, évidées, parfois enroulées comme pour en faire une sculpture. Une exposition personnelle de cette artiste est en cours dans l’espace de la galerie (47, rue Chapon), encore une fois, allez-y.

 

OFFiciel

Plein de choses à voir à OFFiciel, notamment quelques feuilles de salades baroques de Lukas Hoffmann à la Galerie de Roussan et les peintures glacées de Maud Maris chez Isabelle Gounod

 

Pauline Daniez

Photos : © Pauline Daniez