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Berlin à travers les galeries d’art 1/2

Même si, face au fort développement touristique de Berlin depuis quelques années, certains artistes et hipsters locaux ont tendance à migrer vers Leipzig (alias Hypezig), la capitale allemande demeure une ville artistique incontournable avec pas moins de 450 galeries et plus de 20 000 artistes résidents. Sans parler des quelques200 espaces off qui continuent de fleurir dans presque chaque quartier.

La grande superficie de la ville, sa faible densité d’habitants, son fort passé historique et son dynamisme créatif ont permis l’éclosion d’espaces artistiques aux dimensions généreuses et aux formats inédits comme l’élégante galerie-appartement d’Isabella Bortolozzi, l’Ecole juive de jeunes filles qui regroupe galeries et restaurants ou encore l’imposante Galerienhaus (immeuble entier occupé par plusieurs galeries) dans le quartier de Kreuzberg.

 

De quoi satisfaire ma curiosité artistique lors d’une semaine fin juillet, tout juste avant la Sommerpause (pause d’été) des galeries.En route pour une petite visite de la ville à travers le prisme de l’art !

 

Mitte, le quartier historique de plus en plus branché

1ère étape : le quartier historique de Mitte où se concentrent la plupart des monuments célèbres de Berlin

(la Porte de Brandebourg, le Parlement, la Tour de la télévision, l’île aux musées)…mais aussi des galeries d’art.

Après la chute du Mur, de nombreuses galeries ont en effet élu domicile dans l’Auguststrasse, au cœur de l’ancien quartier juif.

 

berlin 5

Vue de l’exposition Supermodels, then and now (Camera Work) / Vues de l’exposition True Lab pour les photos de droite (Eigen + Art Lab) / Vue de l’exposition sur William Copley (Galerie Fuchs) en bas à gauche.

 

Empruntons donc cette fameuse rue pour nous rendre dans l’ancienne Ecole juive de jeunes filles, vaste construction de briques rouges qui mêle art de vivre et art tout court. En plus de la Maison des Arts et de la Culture culinaire, de quelques restaurants reconnus et de l’épicerie fine Mogg & Melzer, trois galeries disposent chacune d’un étage complet.

Au 1er, une filiale de la galerie de photographie Camera Work a choisi de faire des top models son thème d’exposition de l’été. Pas très emballée par le sujet, je relativise un peu en me retrouvant face à des photographies

de Richard Avedon, Annie Leibovitz, Man Ray, Helmut Newton, Bettina Rheims et Jeanloup Sieff !

 

Aux étages supérieurs, la galerie Fuchs présente des œuvres de William Copley, un des précurseurs du Pop Art, tandis que la galerie Eigen + Art Lab propose une exposition collective de jeunes artistes. Les personnages en papier mâché des films d’animation de Bertold Stallmach ont plus particulièrement retenu mon attention. L’artiste conçoit des microcosmes sociaux qui abordent avec humour et désinvolture des questions de société (les structures du pouvoir, la vie en communauté, l’individualisme…). Une expérience à prolonger.

 

Je quitte désormais l’Auguststrasse pour me rapprocher du mythique Checkpoint Charlie, un ancien poste-frontière qui permettait de franchir le Mur du temps de la Guerre Froide. Au fond d’une cour, dans la Rudi-Dutschke-Straße, 

la galerie Crone expose le travail d’un jeune Brésilien: Guilherme Dietrich.

Ses dessins expriment sa fascination pour l’Art Brut et l’art tribal et notamment pour l’artiste Arthur Bispo do Rosário, un artiste autodidacte qui a réalisé la majorité de sa production dans un hôpital psychiatrique dans la banlieue de Rio. Une œuvre pleine de vitalité qui exprime aussi de façon métaphorique une forme de cannibalisme culturel à laquelle pourrait d’ailleurs bien être associée les artistes. Nourris de divers influences, ils les digèrent pour les transformer en nouvelle culture.

 

galeries d'art berlin auguststrasse

Vue de l’Ecole juive de jeunes filles / Veruschka de Richard Avedon / Entrée de la galerie Crone / Lucha libre de Guilherme Dietrich

 

Des galeries-appartements le long du canal de la Postdamer Platz

Un peu plus à l’ouest, juste derrière les bâtiments modernes de la Potsdamer Platz (la Philharmonie, La Neue Nationalegalerie, le Sony Center etc.), je suis un canal bordé de beaux vieux immeubles, le Schöneberger Ufer.

Au numéro 61 se cache la galerie Isabella Bortolozzi qui met alors à l’honneur Wu Tsang, un « artiste multi-média » dont le travail a déjà été présenté au MoMA, à la Tate Modern et au Whitney Museum notamment (il était par ailleurs exposé à la FIAC cette année). L’œuvre principale A day in the life of bliss, une installation vidéo diffusant deux films sur deux écrans reflétés également sur deux miroirs (dont une glace sans tain), produit un effet pour le moins impressionnant et désorientant…et que les photos ne sauraient malheureusement reproduire de façon satisfaisante !

 

Wu Tsang, "A day in the life of bliss", galerie Isabella Bortolozzi

Vues de l’installation A day in the life of bliss de Wu Tsang / En bas à gauche, installation His Master’s Voice

 

Assis dans le noir au milieu de ce dispositif, le téléspectateur suit de manière totalement hypnotique ces deux films qui mettent en scène un personnage principal, Blis, joué par Boychild, un artiste performer transgenre. Parfois, des échanges entre les différents protagonistes apparaissent à l’écran. S’il semble s’agir à première vue d’une langue créée de toute pièce, une lecture plus attentive permet de constater qu’il s’agit plutôt a priori d’une « langue SMS » !

A croire que l’esprit d’immersion recherchée par l’installation, a bien pris chez moi…

Un docu-fantasy riche, complexe et étonnant sur la culture underground, la question de l’identité sexuelle et en filigrane, sur l’impact des nouveaux médias dans nos relations. Suite dans l’article suivant…